"L'homme construit des maisons parce qu'il est vivant, mais il écrit des livres parce qu'il se sait mortel"


 

 

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Numéro 1Numéro 2


Texte de Didier Milet - Octobre 2015 -

Le héron, la carpe et les villageois

Un lavoir d’une campagne isolée,

Près d’une source et d’une chapelle sacrées,

Bordé de grands pins maritimes

Que tout le village portait en estime,

Etait fortement habité, fleuri, nettoyé.

 

La mare abritait alors, une foison de carpes colorées

Que les habitants de la contrée choyaient comme des nouveaux nés.

Chaque jour ils faisaient l’éloge du miracle piscicole,

Alimenté par deux sources, au demeurant cavernicoles.

 

Un matin, le plus proche voisin du bassin convoité,

Jouxtant sa demeure en bois d’arbre de Judée,

N’en croyant pas ses yeux,

Constata le forfait, craignant quelques effets de son vieux spiritueux.

Le lavoir, vidé des poissons grassouillets,

Qui hier encore, nageaient paresseusement, repus, ventrus, admirés.

 

Les enfants du hameau furent rapidement soupçonnés,

A moins que des roumains fussent passés,

Des empreintes de roulottes pourraient attester !

Gens d’armes et gardes champêtres furent commis,

Consignant d’un air navré le sinistre méfait,

Mais en l’absence de preuves, l’affaire fut classée,

Lassée, la maréchaussée s’en retourna, bredouille, sans un fait.

 

Aussitôt, le lavoir fut repeuplé,

De carpes bien grasses et bigarrées.

Avec le temps, la vie reprit son cours dans le village reculé,

Les hommes, satisfaits d’un faux semblant à peine sur joué,

Mesuraient la vie uniquement à l’aulne de leurs deniers.

 

A l’automne suivant, le voisin usufruitier s’aperçut du nouveau crime perpétué,

Seule une carpe rouge, asphyxiée moribonde, gisait sur le dos,

Posée sur une pierre plate comme pétrifiée,

Anéantissant derechef l’entreprise reconstruite un an plus tôt.

 

C’est alors, que tout le village s’enflamma,

Certains avançaient des noms, sûrs d’avoir vu, entendu, aperçu, entrevu.

La noire prophétie gagna tous les foyers comme un magma.

D’un outil déplacé, on faisait l’œuvre du cornu,

De sorte que l’affaire fut portée à l’évêché.

 

Les séminaristes vinrent en visite,

La procession ecclésiastique devant mettre un terme au courroux engendré,

Parcouraient en tous sens ces champs Elysées,

Psalmodiant et chantant, disposant partout, l’encens et le myrte.

 

Le seigneur des lieux prit la chose très au sérieux,

Se jura d’emprisonner les voleurs, messagers du diable, porteurs de péchés, au mieux.

Rien ni fit, plusieurs mois durant, plus de voleurs, plus de larcins.

La campagne retrouva son calme légendaire et sa brume du matin,

Oui, on allait sur la pointe des pieds, investir et risquer encore des alevins.

 

Une autre année passa, juin s’étira, octobre revint,

L’homme sortit de sa chaumière bordant la fontaine, dans une sorte d’hébétude,

Prendre le frais et se rafraîchir le teint,

Admirant la pierre, les mousses et son cours d’eau comme à son habitude.

 

C’est alors, stupéfait, qu’il vit un grand héron s’envoler, puissant et léger.

Le héron attentif se posa juste un peu plus loin, tout de candeur et de majesté,

Bien décidé à se montrer au grand jour,

Ni se départir de tous ses butins, engloutis durant bien des jours,

Croyant sans doute à une manne renouvelée, lui-même abusé.

 

Un grand héron, hôte des marais, ayant jeté son dévolu

Sur la providentielle abondance jusqu’à satiété,

Un héron affamé, sans commettre de délit d’initié,

Avait tenu bon et grâce à cela, survécu,

Honorant le festin ainsi présenté,

Croyant sincèrement à une extrême générosité.

 

Dans les journaux, la nouvelle ne fit pas une ligne,

Penauds et voulant rester dignes,

Les habitants se turent et laissèrent faire la nature.

 

Bonnes gens, n’accusez point trop vite,

Cédant à l’évidence fortuite,

Tandis que les hommes jetant l’opprobre, promettant une guerre acharnée,

Décrétant la sanction jusqu’à la curée,

Un bel héron cendré, tenaillé par la faim,

Mû, uniquement par ses instincts,

Ignorait la frontière et la propriété.


Texte de Gilbert -

Pour Elle

Cette plume qui s’anime pour la première fois,

Fait renaître une rime qui sommeillait en moi.

Cet objet enchanté par le cœur d’une femme

Avive ma tendresse et attise ma flamme.

Pour Elle j’élèverai cet élégant trophée qui,

En un doux élan de ma main inspirée,

S’en ira caresser, tel un gant de velours,

Ces beaux feuillets couchés pour des lettres d’amour.

Comme un ru s’élançant vers son tout nouveau cours,

Dessinant des méandres, appuyant ses contours,

Le philtre émanera de ce précieux calame,

Sublimé par l’aura d’un si bel oriflamme. 

Oui, je l’honorerai cet émouvant sésame,

Qui m’ouvrira un jour, avant qu’on ne me damne,

La porte des écrits distillés par mon âme. 

Pour Elle j’inventerai des contes par déraison,

Guidé par la lumière de l’éternelle passion.

Les mots seront magiques, les phrases encensées

Des aventures épiques sur des textes enflammés.

Dessinant des volutes de lettres ensorcelées,

Comme jouant de la flûte sur de belles portées,

J’écrirai des récits dont les plus beaux atours

Les feront poésies, pour Elle… Mon Amour.


Texte de Gilbert - Atelier janvier 2016

A vous, mes mains,

 

Toute ma vie, vous m'aurez servi Vous gardez le souvenir de tant de gestes accomplis

Enfant, c'est par un pouce porté à ma bouche que vous calmiez mes angoisses.

Puis vous m'avez transmis les sensations. C'est par vous que j'ai appris le chaud, le froid, le rugueux, le doux, le dur, le tranchant, le moelleux

Avec vous, j'ai appris à compter, et j'ai toujours pu compter sur vous... Vous avez accompagné mes paroles, m'aidant à maîtriser mes émotions, à faire passer mes convictions

Paumes ouvertes, vous êtes la générosité. Doigts repliés, serrés, vous êtes le poing qui suffit à réprimer ma colère. Vous aimez caresser, jamais frapper. Les seuls coups, vous ne les portez pas, vous les donnez. Vous êtes celles qui se tendent pour aider, qui se lèvent pour appeler, qui se dressent pour saluer, qui se posent pour apaiser

Calmes, nerveuses, chaudes, froides, douces, moites vous incarnez mes sentiments. Vous ne m'avez jamais trahi. Vous vous êtes pliées à toutes mes volontés sans jamais fléchir. Je vous ai fait écrire, dessiner, travailler, jouer Sans vous, pas une mélodie n'aurait pu s'exhaler.

Vous avez nourri mon corps, vous avez livré mon cœur... Vous avez tenu cette autre main, avez su lui transmettre mon amour, avec douceur.

Je vous ai vues grandir, je vous ai vues vieillir Connaîtrons-nous les douleurs de l'âge ? Tiendrez-vous cette canne qui préservera ma dignité ? Mais vous serez toujours là, moins alertes, peut-être, mais toujours fidèles, habiles

Un jour aussi, je m'en irai, et vous m'accompagnerez... Ce jour, je vous offrirai un repos bien mérité. Et si une bonne âme venait à passer, je souhaiterais qu'elle croise vos doigts et vous dépose sur ma poitrine, au plus près de mon cœur.

Je vous veux ensemble, à jamais...


Acrostiche de Armande - janvier 2016

Derrière l'amour il y a ...
Encore plus que l'on croit !
Un dixième de c'que l'on voit !
XL pourrait-on dire de sa grandeur.

Mais quel est donc ce mot !
Il nous fait chavirer parfois .
Laissez les dirent, qu'importe !
Les paroles se libèrent enfin .
Ecoute le battre au fond de toi .

Seize, j'ai pas dis sexe !!!
Elle s'en souvient évidemment .
Il en pense quoi lui si surpris !
Zoom mon garçon, c'est si loin .
Elle, elle l'attend ! Le vrai, le grand .


Avril 2015 - Par Carole Sara Jass  - Atelier "Voyages immobiles" -

 

A en croire le désert

Plus rien ne s'enfante, dans le sable et le vent

Mais le vent respire… le sens-tu?

Où aller…

Il y a cet autre, eau de source,

Edifice mystérieux, mobile il suit tes pas.

Te croyais-tu perdu ?

Parfois vos ombres s'entrecroisent et dansent…

Sculptures mouvantes.

Ah la reliance secrète que rien ne saurait taire,

Pas même le silence…

Nous sommes à l'autre semence, sculpteurs émouvants,

On ne le sait, on le sent.

Marche comme s'il n'y avait personne mais sache qu'il y a

Quelqu'un.

La blancheur de ce lien en ton âme résonne,

Offre-lui le jasmin mystique

Gratitude céleste.

Il faut croire qu'au désert,

Tout s'enfante,

Dans le sable et le vent.

 


JANVIER 2015 - Par J.

« sans nom »

J'aimerais tant te voir

Aujourd'hui, demain ou ce soir

J'aimerais tant te parler

De mes désirs cachés

J'aimerais te distraire

de tes ennuis, de tes chimères

J'aimerais te bercer

sur des notes ondulées

Partager nos souvenirs

Casser nos tirelires

Eclater de rire

Pleurer sur nos erreurs

Les jeter dans l'ascenseur

Jusqu'à leur faire peur

Habiter le Présent

Réinventer nos sentiments

Nous enrober d'un pansement

Imaginer des scénarios

Où  nos coeur sont si beaux

Dépouillés des oripeaux

Boire un p'tit punch

Assis sur une marche

Un soir de dimanche

Nous cacher dans la goëlette

Pour y faire la fête

Et pousser la chansonnette

Nous enivrer d'un pur encens

Pour casser les tourments

Parfumer le divan

Lancer des bulles de bonheur

D'un onguent bienfaiteur

Sur des passants boudeurs

Nous allonger sur les dunes

Dormir au clair de lune

 

Tricoter notre avenir

Avec des fils de cuir

Pour ne plus fuir....

  

Ode à l'Univers..

 

Ma Vie t’attend

Dans mon Présent

 Dans un éclat de Joie 

Un souffle de Toi

  Ma Vie t’attend 

Comme un serment

Hérité d’un autre Temps

Inoubliable firmament

Ma Vie t’attend

Enrubannée par le Vent

Enrôlée dans le sillage

D’un mystérieux voyage

Ma Vie t’attend

Sans crainte d’antan

Suspendue à l’abandon

Dans des désirs féconds

Ma Vie prend le large

Vers de nouveaux rivages

Délivrée des chaînes

Où le destin nous mène

Ma Vie prend sens

Parfumée des essences

Virevoltantes d’espoir

Cassant la peur du noir

Ma Vie peut s’écouler

Sans résister aux rochers

Dans le lit de son fleuve

Reliée aux forces vives

Ma Vie est Sacrée

Emplie d’une Liberté

Que nul ne peut briser

Dans sa Force d’Aimer

Josée L’Her Le Landais

 

5 juin 2012 


Novembre 2014 - Par P.

 

Lettre à la femme d'à côté


Madame,


Je vous observe, à travers la vitre. Elle m’empêche de vous parler, vous toucher, vous sentir. Pourquoi ai-je attendu, n’ai-je pas osé ? J’aurais pu vous avertir, j’en ai eu maintes fois l’occasion. Il me manquait toujours ce moment de désinvolture qui rend parfois les choses plus faciles. Tant de sujets anodins permettent d’engager une conversation. Mais, je vous observais souvent dans l’ombre, comme un enfant timide.


Je savais tout de la passion de votre compagnon pour cette clandestine qui s’aventurait, le soir, sur votre territoire. Celui-ci vous semblait inviolable, malgré vos absences, trop fréquentes. Vous étiez heureuse, confiante, pleine de vos certitudes et de votre réussite. A peine partie, certainement, vous pensiez déjà à l’étreinte des retrouvailles.


A chacun de vos départs, je connaissais le déroulement d’une histoire toujours renouvelée. Logique, implacable, une mécanique s’incrustait dans votre couple et vous séparait de lui. Ce mauvais rituel, au début, m’a gêné puis troublé. J’ai fini par maudire cette ombre étrangère qui se glissait entre vous, par maudire votre compagnon. Mais de quel droit ? Cela ne me regardait pas. Avait-il, lui aussi, besoin de vivre cette passion infidèle ?


Vous êtes allongée dans votre blancheur, retenue à la vie par des liens ridicules, des bips et voyants clignotants, comme au milieu d’une mauvaise fête foraine, à la merci de ces blouses blanches qui font ce qu’elles peuvent pour vous retenir. Ils vous ont ramassée, inerte. L’ambulance vous a emmenée vers un futur incertain.


J’étais malgré moi, le complice d’un drame annoncé. J’avais hâte de vos retours, d’un retour à la normale qui effacerait, pour un moment, la jalousie qui n’aurait pas dû être mienne. A chacun de vos voyages, je devenais le chien de garde, le fidèle compagnon observant tout, voulant vous protéger, vous avertir de l’abîme si proche. Je voulais mordre l’inconnue qui immanquablement finissait par revenir, à la nuit tombée, discrète. Que de nuits à surveiller les lueurs à vos fenêtres, à imaginer les étreintes adultères ! Mois après mois, ces pensées obsédantes ont blanchi mes nuits.


Vous avez sûrement appris par un détail, un petit rien qui vous a fait basculer dans la faille. Un univers glacial s’est ouvert devant vous. Là où le gris vous enveloppe, vous prend en tenaille, vous fait perdre les pédales. Votre aveuglement naïf vous a projetée à terre, vous a craché au visage l’inacceptable réalité.


Vous vous êtes jetée contre cette voiture. La lune était pourtant belle, l’air marin sentait bon, l’été semblait prometteur. Cet amas de métal n’avait rien demandé que de poursuivre sa route, objet anonyme, sans âme. Il a broyé vos chairs, vous a plongé dans ce profond sommeil. Entre la vie et la mort, vous n’avez pas encore décidé.


J’attends derrière cette vitre, impuissant. Votre geste résonne en moi. Nos destins se répondent. J’attends votre retour à la vie comme j’attends celui de mon amour perdu.


Votre voisin.


Novembre 2014 - par A.


LA PARENTHESE INATTENDUE


L' instant d'une pensée insoupçonnée  

A vec ce qu'elle a de particulier


P ourtant , rien ne présageait

A ce que soit détourné le sujet .

R elatif à ce mot lâché spontanément .

E tonnement , nous fûmes surpris !

N on pas qu'il eut été choquant ,

T ellement il m'était tendu !!!

H abité par cette même envie d'écrire .

E tait-ce une évasion soudaine ?

S ynchronisation de nos pensées ,

E t idées en parfaites harmonies .


I nvitation à la légèreté . Ainsi ,

N otre dévolu se porta sur un prénom .

A pproche non attendue pourtant .

T u nous es arrivé comme un

T émoin à notre conversation .

E st-ce dû néanmoins ? Pas sûr !

N 'était-ce pas un rendez-vous ?

D u moins , s'en avait tout l'air .

U ne parenthèse à cette histoire , ce

E n quoi soit venue d'écrire la lettre à P...!


LETTRE A PHILIPPE


Au détour d'une conversation , une pensée m'échappe !

Le travail me fait parfois me détourner de l'action

et je me laisse aller à des plaisanteries .

Je me surprend à dire des choses qui , d'ordinaire

ne prendraient pas le même sens .

Cet homme , je le vois au travail , il est charmant

et à l'écoute des femmes . Ce qui me viens à dire

qu'il ne nous est pas indifférent . Il s'appelle Philippe

et ce prénom me renvoit à mon adolescence où

je n'avais d'yeux que pour ce garçon prénommé Philippe .

Il était un peu plus âgé que moi .

Je ne sais pas si c'est le prénom ou l'homme pour lequel ,

je me suis laissée aller dans un fantasme !!!

En tous les cas , je n'en suis souvenue le lendemain .

Lorsque j'ai croisé son regard , j'y ai à nouveau pensé .

Il y a eu un moment de flottement , comme emporté

dans un autre monde .

Il m'a demandé à quoi je pensais et me connaissant ,

je me suis mise à lui révéler que j'avais rêvé de lui .

Bien sûr , il a sourit un peu gêné néanmoins !

Puis une personne s'est approchée de nous ,

voyant que mes propos avaient l'air d'intéresser .

Ca ne vous dérange pas que je vous interpelle !

Moi , pas gênée le moins du monde , disais

simplement que j'avais flashé sur Philippe .

Et Philippe , de me demander si j'avais apprécié

ce moment . Je lui répondis que oui !

Et me voilà partis dans des révélations insoupçonnées

tellement surprenantes venant de moi ....!

Depuis , j'ai une tendresse particulière pour

cet homme .

Cependant , je respecte le fait qu'il soit mon supérieur

hiérarchique .

Il nous arrive d'échanger des paroles qui nous renvoient

à cet instant  d'insouciance !!


                                                                                                              Le chagrin et la grâce


" C’est difficile de s’adresser à quelqu’un pour expliquer ce qu’on a vécu, mais si on passe par le biais de l’œuvre d’art (…), vous devenez le tiers dont vous pouvez parler. (…) Si je fais le détour par l’œuvre, si j’éloigne l’information, je communique mieux avec vous parce que je ne suis plus seul avec mon fracas intérieur. (…) Parce que j’ai réussi à en faire une représentation que l’on peut maintenant partager. On habite enfin le même monde. "   Boris Cyrulnik